International Taste & Quality Institute
iTQi, International Taste & Quality Institute
ALIMENTS & BOISSONS TESTÉS PAR UN JURY DE CHEFS ET SOMMELIERS
Swisky: Bénit Soit qui Malt y Pense - Le Temps 22-03-2010
Les parchets qui tricotent un damier tarabiscoté aux collines d'Ardon frissonnent sous le premier bain de soleil printanier; c'est la Saint-Joseph, jour férié en Valais, et le reste du monde se rendort. Bientôt 10 ans que d'étranges effluves d'orge maltée, de tourbe et de grand large se mêlent ici aux plus attendues fragrances de la syrah et de l'amigne. Bientôt 10 ans que l'entrée en vigueur des accords du GATT a offert aux Suisses de distiller des eaux-de-vie de grain.
D'une ancienne écurie, avec son angle en pierres de taille, le souvenir du foin et le bois qui craque sous les pas, Alex Delaloye a fait un local de dégustation dans lequel défilent désormais les groupes de touristes. Le lieu est tapissé de récompenses aux libellés exotiques en terre vigneronne, Golden Thistle (Chardon d'or) à l'Eurowhisky 2003, ITQI 2006 et 2007 (International Taste and Quality Institute), médailles et prix d'excellence au Forum romand des eaux-de-vie, Concours suisse de spiritueux et Distiswiss, Whisky Bible 2004, plus quelques autres... Bref, c'est ici que la vie d'Alex Delaloye, par ailleurs praticien en physiothérapie, a changé, qu'il est passé d'amateur éclairé au cercle étroit des producteurs de grands whiskies. De «swhisky» plus précisément, puisque c'est là le nom qu'il s'est inventé pour démarrer, seul, la production confidentielle de quelques flacons de single malts. Par curiosité, pour se faire plaisir et en offrir quelques bouteilles aux copains. Thierry Faust, un ami œnologue, s'est alors joint à lui, entraînant leurs deux épouses dans l'aventure. Anecdotique et expérimental au sortir de son premier alambic, le swhisky a désormais conquis les amateurs les plus rigoureux, fait son entrée dans les clubs et autres confréries, dans l'assortiment des meilleurs négociants. On le trouve dans les boutiques hors taxes de nos aéroports, et depuis peu à l'export en France, en Belgique, en Allemagne et jusqu'au Japon.
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Alex Delaloye ne fait pas grand-chose comme les autres. Depuis qu'il a repris les vignes familiales, sans vraiment l'avoir cherché, les faisant passer d'une production traditionnelle à un encépagement multiple et une bonne trentaine de crus, ce Valaisan aux allures débonnaire et de rugbyman a créé un musée du tire-bouchon hallucinant et érudit, suivi les cours d'œnologie de Changins, accompli plusieurs dizaines de pèlerinages émus en Ecosse, dansé en kilt au son de la cornemuse et retourné son verre quelques milliers de fois à l'interjection humide de «lainthe!», (santé en gaélique), accompagné des croisières à thèmes et des voyages initiatiques, chroniqué les malts pour des revues spécialisées, et même eu les honneurs de la BBC et du New York Times...
A propos du swhisky, il faut dire aussi qu'il se décline en trois gammes au gré de l'affinage, certaines séries limitées de cinq ans d'âge et plus ayant achevé leur maturation dans des fûts de grands crus, meursault rouge ou barolo notamment. Certains ont des nuances fumées, selon le séchage de l'orge, et tous portent des noms inspirés de la cosmologie celte. D'Annouim (naissance) à Gwenwed (purgatoire) ou Keugant (passage dans l'au-delà). Tels les âges de la vie, ils s'associent à des moments très divers, selon l'humeur, les circonstances, les envies de l'heure. L'Annouim avec ses notes de miel, d'agrumes et d'abricot convient à un début de soirée printanière, un apéritif festif et musical. Le Glenwed, affiné à la syrah, fruité avec notes de cerise, de prune et de pain grillé, à une soirée entre amis. Le Keugant skipper, fumé, très fumé, avec un nez de tourbe et de champignon, grand voyage vers des ailleurs incertains, se déguste en solo pour les puristes, ou associé à un poisson fumé, Alors que l'Abred, rustique, fumé lui aussi, aux notes de cuir, se mariera à un grand chocolat noir.
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Mais au fond quels sont les secrets d'un grand whisky? «Quelques ingrédients que le Valais offre aussi bien que l'Ecosse», à en croire notre vigneron bouilleur de crus: «Des céréales de qualité, la pureté d'une eau, un brassage adapté et la science de l'alambic.» Le swhisky passe ainsi par un alambic à colonnes, à l'instar de l'armagnac notamment.
Jusqu'ici, une partie de la matière première était importée: l'orge maltée de Belgique ou du Haut-Adige, selon les crus, fumée, voire simplement maltée puis séchée, avant d'être brassée en Valais. Dès cette année, un nouveau whisky, 100% valaisan, s'ajoutera au reste de la gamme, produit avec du seigle cultivé à Grimentz. Les premières bouteilles pourraient être commercialisées rapidement, le «rye, soit l'eau-de-vie à base de seigle, ne requérant pas d'affinage minimum de 3 ans. La tendance étant aujourd'hui au «new spirit»: «Les amateurs privilégient les whiskies jeunes, le fruité, plus que le côté boisé, corsé des alcools ayant séjourné de longues années en fût.»
Alex s'était donné une dizaine d'années pour «faire le point». Il y est, ou presque; ses 9000 bouteilles annuelles ne suffisent pas à la demande et les projets bouillonnent, notamment d'une gamme de produits destinés à la gastronomie, élaborés avec un artisan fribourgeois et un grand chef étoilé. Après les confitures parfumées, une moutarde, un chutney, une pâte chocolatée au swhisky...